Une réflexion critique sur un développement devenu trop personnel
Aujourd’hui, le développement personnel est partout. Dans les livres, les podcasts, les formations, les réseaux sociaux… il s’invite aussi bien dans nos vies privées que dans nos vies professionnelles. On nous encourage à être plus confiants, plus productifs, plus résilients, plus accomplis. Bref : à tendre vers une version « idéale » de nous-mêmes.
Un idéal séduisant, mais tyrannique, qui normalise et diffuse ses injonctions de réussite et de bien-être. Si bien, qu’à force d’entendre ces messages, on en vient parfois à croire que nos aspirations les plus profondes viennent vraiment de nous… alors qu’elles reflètent souvent un conditionnement collectif.
Les invitations à « gagner en confiance », « se libérer de ses blocages » ou « révéler son potentiel » peuvent, bien sûr, ouvrir des pistes intéressantes. Mais lorsqu’elles nous poussent à analyser sans cesse nos pensées, nos émotions et nos comportements, elles finissent par transformer notre existence en un chantier permanent.
Avec ce regard constamment tourné vers soi, chaque difficulté devient un « problème psychologique » à résoudre, chaque fragilité une « croyance limitante » à déconstruire, chaque projet un plan d’optimisation. Peu à peu, un sentiment d’insuffisance s’installe, accompagné d’une anxiété de performance et parfois même de l’épuisement. Car vouloir être toujours plus performant, plus confiant, plus accompli… c’est aussi courir le risque de ne jamais se sentir assez.
Il y a une autre conséquence : cette attention constante à soi détourne souvent le regard des véritables difficultés, alors qu’elles sont bien souvent liées à nos contextes de vie, à nos relations et à ce qui nous entoure. Nos souffrances ne viennent pas seulement de notre nous, elles s’enracinent aussi dans des environnements et des situations concrètes qui pèsent sur nous.
Dans le monde professionnel, on voit bien cette tendance : plutôt que d’améliorer le travail lui-même et ses conditions, on fait peser sur chacun la responsabilité de se dépasser ou de gérer son stress. La performance et le bien-être deviennent alors une affaire personnelle, mettant de côté des solutions concrètes, seules capables d’améliorer durablement le quotidien.
La diminution des difficultés et la construction du mieux-être passent avant tout par des expériences concrètes : s’autoriser à sentir plutôt qu’à tout analyser, s’appuyer sur des relations sécurisantes, et évoluer dans des environnements qui offrent sécurité, reconnaissance et possibilités d’apprentissage.
Le mieux-être n’est pas un état à atteindre, mais un équilibre vivant entre soi, ses liens et son environnement. Il se nourrit de notre capacité à prendre appui sur des relations soutenantes, à valoriser ce qui fonctionne dans nos vies, à ajuster certaines manières de penser ou de se positionner dans certains contextes, et à laisser le temps faire son œuvre quand cela est nécessaire.
Julie TEODORO
Psychologue & Animatrice d’ateliers