La confiance dépend que de soi ?


« J‘ai l’impression d’être coincée entre ce que
je devrais être et ce que je suis vraiment. »





« Je voudrais avoir plus confiance en moi. » Cette aspiration résonne chez beaucoup d’entre nous, tant elle semble associée à l’idée d’une vie plus libre et plus épanouie. Développer sa confiance paraît en effet légitime : elle nourrit l’estime de soi, facilite l’expression personnelle et enrichit nos relations. Mais qui n’a jamais constaté que cette quête, au lieu d’apporter davantage d’élan et d’assurance, pouvait aussi générer plus de doute, d’anxiété ou de tension ?

Nous évoluons dans des sociétés où il faut sans cesse se positionner, se présenter, se justifier, parfois se comparer. Les situations d’évaluation sont fréquentes, la visibilité accrue, les trajectoires plus incertaines. Dans ce contexte, la confiance apparaît comme une ressource indispensable : une protection contre le jugement, un gage de légitimité, un levier pour saisir les opportunités. Peu à peu, elle s’est imposée comme une promesse de réussite et de sécurité dans un environnement exigeant.

La confiance en soi est alors envisagée comme une compétence à développer, presque comme une condition préalable pour agir, s’affirmer ou prendre sa place. Mais cette manière de poser la question laisse souvent dans l’ombre un élément essentiel : dans quelles conditions la confiance peut-elle réellement se construire ?

Le mythe de la confiance en soi

Le développement personnel a largement diffusé une vision séduisante de la confiance en soi : celle d’une personne assurée, capable de s’affirmer, de performer et de prendre sa place en toutes circonstances. Cette représentation repose souvent sur l’idée qu’il existerait une pensée juste ou une méthode à adopter capable de transformer instantanément notre rapport à nous-mêmes et aux autres.

Si ces approches peuvent offrir une réflexion précieuse sur certains mécanismes, elles alimentent souvent l’illusion selon laquelle la confiance dépend essentiellement d’un travail intérieur. Or, la confiance n’est pas une faculté interne que l’on pourrait développer indépendamment des expériences et de nos contextes. Chercher à l’atteindre uniquement par l’introspection peut même renforcer l’anxiété de performance, le sentiment d’infériorité et fragiliser encore davantage le sentiment de légitimité et le pouvoir d’agir.

En réalité, derrière le désir d’avoir confiance, il y a souvent autre chose : le souhait de ne plus se sentir illégitime, de ne plus redouter le regard des autres, de se sentir autorisé·e à agir. Ces difficultés s’enracinent souvent dans des expériences répétées d’évaluation, de comparaison ou de critique qui finissent par structurer des croyances sur soi.

Dans ce contexte, un travail sur soi peut être précieux pour identifier ces schémas, comprendre comment ils se sont construits et ajuster son positionnement afin qu’il soit plus en phase avec la réalité actuelle. Mais cette autorisation ne se construit pas qu’à l’intérieur de soi.

Elle se développe aussi au cœur des relations et des contextes dans lesquels nous évoluons. D’où l’importance de pouvoir évoluer dans des relations et des espaces où nos valeurs, nos besoins et nos limites peuvent réellement être respectés.

Quand tout repose sur soi

La confiance n’est pas une ressource que l’on posséderait ou non une fois pour toutes. Elle se construit dans les situations que nous traversons, au croisement de nos ressources personnelles, de nos expériences et des environnements dans lesquels nous évoluons.

Dans un contexte sécurisant, où la parole est écoutée, où l’erreur est tolérée et où les rôles sont clairs, il est plus facile d’oser, même avec des doutes. À l’inverse, un environnement compétitif, instable ou peu reconnaissant peut fragiliser la confiance.

Combien de salariés se reprochent de ne pas s’affirmer en réunion alors que la parole y est monopolisée ou que le climat est délétère ? Combien interprètent leur silence comme un défaut personnel alors que le cadre ne leur offre ni sécurité ni reconnaissance ?

Ce qui est vécu comme une fragilité individuelle peut ainsi révéler un environnement qui freine l’expression et limite le pouvoir d’agir. On oublie trop souvent que la sécurité psychologique, la qualité des relations et la reconnaissance jouent un rôle déterminant dans la manière dont la confiance peut — ou non — se développer.

Cela ne signifie pas que la dimension personnelle soit inexistante. Certaines fragilités prennent réellement racine dans des expériences passées, des blessures relationnelles ou des normes intériorisées.

Mais parfois, ce n’est pas tant la confiance qu’il faut réparer que les conditions dans lesquelles nous essayons d’agir. Et parfois, modifier certaines relations ou changer d’environnement peut s’avérer plus transformateur que de chercher indéfiniment à se corriger soi-même.

Une confiance qui se construit

Il est également important de rappeler que ne pas se sentir confiant·e dans certaines situations est courant et parfois sain. Lorsque nous manquons encore de compétences ou d’expérience, le doute joue un rôle adaptatif : il invite à apprendre, à se préparer et à ajuster son action. De même, la peur du jugement ou de l’erreur exprime un besoin profondément humain d’appartenance et de reconnaissance.

Construire une confiance plus réaliste ne consiste pas à éliminer ces doutes, mais à comprendre ce qu’ils nous disent et dans quelles situations ils apparaissent. La confiance progresse rarement par la seule persuasion intérieure. Elle se consolide dans l’expérience : lorsque l’on agit malgré l’hésitation, que l’on tente, que l’on ajuste et que l’on constate que l’on peut faire face.

Elle se renforce aussi lorsque l’on évolue dans des environnements suffisamment sécurisants pour permettre l’essai, l’erreur et l’apprentissage.

Il paraît donc essentiel de desserrer l’injonction à « avoir confiance », car la confiance n’est ni un trait figé ni un état permanent. Elle fluctue selon les rôles, les moments de la vie et les contextes. Elle ne supprime pas le doute ; elle permet d’avancer avec lui. Elle se construit moins dans l’isolement que dans le lien, moins dans la correction de soi que dans l’expérience partagée et la possibilité concrète d’agir.
La confiance ne serait alors plus une qualité à atteindre, mais quelque chose qui se construit progressivement, au fil de nos expériences et des espaces dans lesquels nous pouvons réellement prendre notre place.


Parfois, ce n’est pas la confiance qu’il faut réparer,
mais les contextes et les relations qui l’empêchent d’exister.



Julie Teodoro — Psychologue