
« Je me sens coincé.e entre ce que je devrais être et ce que je suis vraiment. »
Julie Teodoro — Psychologue
« Je voudrais avoir plus confiance en moi. » Cette aspiration résonne chez beaucoup d’entre nous, tant elle semble être la clé d’une vie plus épanouie. Développer sa confiance est en effet un objectif légitime : cela nourrit l’estime de soi, facilite l’expression personnelle et enrichit nos relations. Mais qui n’a pas déjà constaté que cette quête, au lieu d’apporter courage et élan, pouvait générer plus de doute, d’anxiété ou de blocage ?
Le développement personnel a largement diffusé une vision illusoire de la confiance en soi : celle d’une personne assurée, toujours capable de s’affirmer, de prendre sa place et de performer… sans peur, sans doute, sans hésitation. Une vision aussi séduisante qu’irréaliste qui repose sur l’idée qu’il existerait une formule magique, une pensée juste ou des mots capables de transformer instantanément notre rapport à nous-mêmes.
On entend partout qu’il faudrait « oser », « s’affirmer », « prendre sa place », comme si cela dépendait uniquement de notre volonté. Mais cette vision promet une assurance constante qui n’existe pas dans la réalité. Chercher à l’atteindre génère d’ailleurs souvent tension, anxiété de performance, comparaison et sentiment d’infériorité, provoquant repli sur soi et réduction du pouvoir d’agir.
En réalité, la confiance agit surtout comme un indicateur qui reflète l’équilibre entre nos ressources, les soutiens que nous recevons et les environnements dans lesquels nous évoluons. Dans un environnement sécurisant et soutenant, il devient plus facile d’oser, d’expérimenter et de se sentir légitime, même face à ses doutes. À l’inverse, un contexte tendu, compétitif ou peu reconnaissant peut inhiber notre confiance, quelle que soit notre volonté.
En effet, combien de salariés se sentent coupables de ne pas « s’affirmer » en réunion, alors que les prises de parole sont monopolisées ou que climat social est délétère ? Combien pensent manquer de confiance alors que c’est le contexte qui ne leur offre ni sécurité ni écoute ? Ce sentiment d’insuffisance est souvent intériorisé comme un défaut personnel, alors qu’il révèle de situations qui brident l’expression et nos capacités.
Il est aussi important de rappeler que ne pas se sentir confiant·e dans certaines situations est normal et sain : lorsque nous n’avons pas encore les compétences ou les connaissances nécessaires, le manque de confiance agit comme un indicateur précieux. Il nous invite à rester humble, à apprendre et à nous préparer avant d’agir. De la même manière, la peur du jugement, de l’erreur ou du regard des autres n’a rien d’anormal : elle exprime notre besoin profondément humain de garder notre place parmi les autres et d’être reconnus comme légitimes.
Bien sûr, il peut être essentiel d’explorer les expériences, les croyances et les situations qui soutiennent ou fragilisent notre confiance en soi. Repérer les croyances à déconstruire, les pressions auxquelles nous avons tenté de nous adapter et les normes délétères que nous avons intériorisées permet progressivement de s’en émanciper.
Cette démarche ouvre la possibilité de restaurer son sentiment de légitimité et de développer son pouvoir d’agir, tout en considérant l’environnement dans lequel on évolue. Elle permet de cultiver une confiance réaliste et respectueuse de sa personnalité, capable de coexister avec le doute, la vulnérabilité et l’incertitude au quotidien.
Car la confiance n’est pas un état à atteindre et ne s’impose pas de l’intérieur : elle se construit dans la relation et dans l’action. Elle se consolide dans des environnements où l’on se sait reconnu, soutenu et autorisé à essayer. Elle grandit chaque fois que l’on agit, même imparfaitement, dans le respect de ses limites et en accord avec ses valeurs.